L’évènement Tadao Ando

Jusqu’au 31 décembre 2018, le Centre Pompidou consacre une importante exposition rétrospective du travail de l’architecte japonais Tadao Ando, grande figure de l’architecture contemporaine.

50 projets majeurs de l’architecte ont été sélectionnés pour illustrer les 4 grands thèmes qui structurent l’exposition :

  • La forme primitive de l’espace
  • Le défi urbain
  • La genèse du projet
  • Le dialogue avec l’Histoire

On y trouve pas moins de 124 dessins et 70 maquettes originales, accompagnées de nombreux diaporamas.

expositions de maquettes et dessins de tadao ando au centre pompidou

Maquettes et documents graphiques de l’exposition Tadao Ando au Centre Pompidou

Qui est Tadao Ando ? De la boxe à l’Architecture

La carrière du grand architecte n’a pas connu un démarrage classique. Il naît dans un Japon en pleine seconde guerre mondiale et grandit dans un pays sinistré, ruiné par la défaite. Il n’a pas les moyens de faire un cursus classique dans une école d’architecture et entreprend un apprentissage de la discipline en autodidacte.

Il achète énormément de livres sur le sujet, recopie les dessins des architectes de l’époque, dont Le Corbusier, qui le fascine. De 17 à 24 ans il gagne sa vie en tant que boxeur professionnel et avec ses gains il s’offre un grand voyage en Europe. Il fait la tournée des bâtiments emblématiques et souhaite rencontrer Le Corbusier. Malheureusement il arrive trop tard à Paris, quelques jours après sa mort en septembre 1965.

Il ouvre sa propre agence en 1969 à Osaka et commence à travailler sur des maisons individuelles de petites tailles, mais développe déjà des concepts architecturaux qui vont faire sa renommée. Il connait ses premières reconnaissances et premières critiques. Progressivement, il conçoit des projets de plus en plus importants, souvent culturels, comme la célèbre Church of Light à Ibakari, proche d’Osaka en 1989.

portrait de tadao ando dans son projet de chapelle en béton brut

Portrait de Tadao Ando dans son projet « Church of Light » à Ibakari

Photo : Journal La Croix

On ne compte plus les prix qu’il a reçus au cours de sa carrière. Parmi eux, la reconnaissance ultime pour un architecte, le Pritzker Prize en 1995 et en 2002 le Prix de Kyoto, grand prix international qui récompense entre autres des personnalités du monde des Arts. Cette année là, le Japon est marqué par le dévastateur tremblement de terre de Kobe. En soutient aux orphelins sinistrés, il fait don de l’argent qu’il reçoit et aide à collecter des fonds pour la reconstruction des logements les plus durement touchés construits sans moyens et sans respect des règles anti-sismiques. Il s’inscrit dans la mouvance d’autres grands architectes japonais qui œuvrent dans le domaine de l’habitat d’urgence comme Shigeru Ban.

Depuis 2016, il travaille sur la rénovation de la Bourse de Commerce de Paris qui abritera la collection de la fondation d’art contemporain de François Pinault, dont la fin des travaux est prévue en 2019. La maquette de ce projet est sans conteste la plus impressionnante de toute l’exposition.

maquette

Maquette du projet de la rénovation de la Bourse de Commerce de Paris

Tadao Ando et l’Architecture Japonaise : une influence mutuelle

Tadao Ando a toujours nourri son travail des grands principes du mouvement moderne développés par Le Corbusier, Louis Kahn ou Frank Lloyd Wright tandis qu’ils se sont eux-même appuyés sur l’Architecture japonaise pour construire leurs fondamentaux.

L’Architecture japonaise est intrinsèquement liée à ce territoire, un archipel parfois malmené par les éléments naturels. Tsunamis, séismes, typhons font partie intégrante de la construction de la mentalité des japonais et de leur culture si singulière. Ainsi les projets d’Ando n’imposent quasiment jamais un triomphe de l’homme sur la nature, avec des bâtiments qui la dompteraient fièrement. Bien au contraire, ses projets entretiennent avec elle un dialogue perpétuel. Architecture et nature coexistent : le projet ne pourrait pas vivre sans ses espaces naturels environnant tandis que la nature s’en retrouve sublimée, révélée par les éléments bâtis.

Les projets de la petite de Naoshima témoignent de cette harmonie : les musées et hôtels réalisés par Ando, dont le Musée d’art de Chichu (2004), occupent une place de choix dans la scénographie de l’exposition. Regroupés dans une alcôve centrale ils sont présentés comme des oeuvres majeures de la carrière de l’architecte.

diaporama sur les projets de tadao ando

Diaporama et maquettes sur les projets de Tadao Ando à Naoshima

Enfin, comme tous les grands architectes japonais, Tadao Ando développe le concept du ma dans ses projets. Le ma n’a pas de traduction en français. C’est l’intervalle, l’interstice, l’espace entre deux espaces qui va créer une friction ou une mise en tension des éléments et ainsi susciter des émotions chez l’usager. Cette thématique est récurrente dans les œuvres de l’architecte dont le travail trouble la limite entre les différents espaces qu’il crée, joue avec les notions d’intérieur et d’extérieur,

Tadao Ando travaille deux matières : le béton et la lumière

Le matériau de prédilection du maître japonais est bien-sûr le béton. Le béton brut est même devenu sa signature. On reconnaît ses projets pour leur emploi d’un béton vibré banché, difficile à mettre en œuvre. Après avoir été parfaitement coulé, il est vibré afin d’éliminer toute bulle d’air et séché pour un aspect fini brut sans défaut, parfaitement lisse, il est à la fois un matériau de structure et de finition.

maquette en béton brut

Maquette en béton brut de la « Church of light » de Tadao Ando

Le plus souvent en construction, le béton est mis en oeuvre de façon grossière pour des questions de rapidité et d’économie. Il présente donc des défauts, que l’on vient ensuite dissimuler en recouvrant le mur de béton avec un enduit, ou en le doublant d’un bardage, de plaques de plâtre… Ainsi, les traces des éléments qui servent à mouler le béton, les banches, disparaissent, tout comme le béton pour laisser place à un matériau de finition. Dans le travail de Tadao Ando, c’est tout l’inverse, pas de cache misère !  Le béton est laissé brut, apparent, les traces des banches sont mises en valeur par un calepinage tramé faisant l’objet d’une réflexion en amont du projet. La disposition des banches, loin d’être subie par les aléas du chantier comme c’est souvent le cas, est anticipée et partie prenante des phases de conception du projet. De fait, cette mise en oeuvre du béton est très coûteuse et les artisans retenus pour ce type d’exécution sont dotés d’un réel savoir-faire.

béton brut de tadao ando

Le béton brut banché de Tadao Ando, entre ombre et lumière

Photo : Architectures CREE Magazine

Mais tous ces efforts ne sont pas gratuits, cette matérialité si recherchée est révélée par un subtil jeu d’ombres et de lumière, emblématique de l’Architecture japonaise. Caractéristique des intérieurs japonais, cette quasi pénombre qui ne donne à voir que certains éléments, créant une ambiance si singulière, presque mystique. Parmi les projets d’Ando on compte d’ailleurs plusieurs chapelles et églises.

photographies en noir et blanc de projets de tadao ando

Photographies montrant la récurrence du travail d’ombre et de lumière de Tadao Ando

dessin en noir et blanc par Tadao Ando

Travail de la lumière en coupe par Tadao Ando

L’architecte opère un contrôle parfait de la lumière, son orientation et son intensité au gré de la journée. Elle est guidée par ces voiles de béton brut, révélant leur beauté radicale et sans artifice. L’architecture d’Ando ne triche pas et ne fait aucun compromis, créant l’écrin d’une véritable poésie silencieuse.

Les volumes de béton lisse, léchés par la lumière, possèdent des qualités spatiales d’une simplicité d’apparence au prix d’un travail minutieux.

entrée à l'exposition tadao ando au centre pompidou

Entrée de l’exposition sur Tadao Ando au Centre Pompidou

Les nombreuses maquettes de grande échelle des œuvres exposées permettent rapidement au visiteur de saisir l’essence des formes géométriques des projets de l’architecte.

Plans, coupes et façades très graphiques réalisées au crayon, ainsi que des plans de constructions techniques et détaillés, aident à la compréhension des oeuvres en mettant en exergue ce travail de la lumière.

De très nombreux croquis de l’architecte, parfois dessinés sur des tickets ou des feuilles de table, témoignent de l’esprit foisonnant de Tadao Ando qui, où qu’il soit, est toujours en pleine réflexion.

maquettes et dessin par tadao ando

Maquettes et dessins à main levée par Tadao Ando

BAM vous recommande vivement d’aller voir cette sublime rétrospective… si vous n’habitez pas Paris ou n’êtes pas de passage pour les fêtes, n’hésitez pas à faire le déplacement spécialement !

 

Moi aussi je veux de l'architecture de qualité !

Photos et article : David Lacoque

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