Au milieu du quartier Latin, à 5 min à pied du Panthéon, on trouve Nuage, qui n’est ni un café, ni un espace de coworking. Emmanuel, son fondateur, nous explique ce qu’on y fait de 8h30 à 19h, tous les jours de la semaine et nous livre au passage sa vision du coworking.

Espace d'entrée

Alors Emmanuel, c’est quoi Nuage Café ? Depuis quand ça existe ?

Nuage va bientôt fêter ses 3 ans. A l’époque, avec les 2 autres associés, on était sur un autre projet et on cherchait un lieu pour se retrouver et travailler. C’est comme ça qu’on a eu l’idée de créer ce lieu. L’idée c’est d’être la deuxième maison de tous les nomades qui ont besoin d’un cadre pro et d’un bon wifi. Ici, on ne paye que le temps et tous les services sont inclus : boissons, snacks, wifi… Il y a de tout, en abondance, mais jamais d’abus.

vue sur la grande salle depuis la mezzanine

Quelle est l’histoire de votre installation dans ces lieux atypiques ?

Au départ on cherchait un local plutôt rive droite, pour limiter les risques, vers le Marais, Sentier. On avait beaucoup de mal à trouver, notamment parce qu’on n’a pas levé de fonds et qu’on est autofinancés à 100%. Au bout d’un an de recherches, on a eu un coup de coeur pour ce local.

Historiquement, le lieu appartenait à l’église orthodoxe. Ici, c’était le presbytère. Pour diverses raisons l’église a vendu ces locaux dans lesquels on trouve des habitations, des commerces. A la place de Nuage, cela a été un appart’ puis une galerie d’art relativement fermée. C’est donc la première fois que ce lieu est réellement ouvert au public.

Façade extérieure voutée

Qu’est-ce qui fait l’âme, le succès et la particularité de Nuage parmi la multitude d’offres de coworking que l’on voit fleurir un peu partout dans Paris ?

Deux choses : Premièrement, l’humain. Avec le Barista au centre. On a une vraie expertise dans le café. Ce n’est pas un choix économique parce qu’un barista derrière une Marzocco (la Rolls-Royce des machines à café ndlr) représente un coût bien plus important que le même service avec une Nespresso en libre service à la place. Mais on se donne cette ligne de conduite car cela nous passionne et cela nous démarque. Les concurrents ne peuvent pas forcément rivaliser avec ce type de compétences.

Deuxièmement, le lieu. Quand on a signé le bail on était comme des fous, on avait conscience de son cachet non négligeable et c’est ce qui a fait notre succès, par le bouche à oreille. On se donne la contrainte de s’installer uniquement dans un lieu atypique, ce qui nous empêche d’ouvrir pleins d’adresses. Et puis on a répondu à un besoin dans le quartier car il y a peu d’offres. On est extrêmement rempli le dimanche par exemple car tout est fermé.

Poste de travail individuel

Comment se définit la clientèle de Nuage ? Tu parles d’une communauté…

La clientèle varie en fonction des moments de la journée. Le matin, c’est plus « pro » avec des cadres, des free-lance tandis que l’après-midi, il y a pas mal d’étudiants du fait du quartier, des personnes qui viennent juste prendre un café, occasionnellement des touristes. On a un clientèle très locale, notamment parce que désormais, l’offre en terme d’espaces de coworking est tellement développée que les gens bossent plutôt autour de chez eux.

On essaye de créer un réseau social mais physique, en tissant des liens entre les gens, qui pourraient avoir besoin de se parler. Le barista est là pour orienter nos clients et mettre en relation ceux qui cherchent un stage, un graphiste… A la base, on voulait utiliser la « Tech » pour cela et on avait créé une plateforme en ligne pour innover dans le monde du café traditionnel un peu en perte de vitesse. De façon basique, cela permettait de savoir quel était le profil du mec assis à côté de toi. En pratique, nos baristas, sont beaucoup plus efficaces, ils connaissent les habitués, les nouveaux et sont capables de les orienter.

espace snacks

Cette communauté se renouvelle-t-elle depuis 3 ans ?

Oui, notre modèle incite au renouvellement. On n’a plus d’abonnement au mois. On utilise encore l’appellation de « coworking » plutôt pour des questions de référencement et parce que la demande est encore très forte mais Nuage n’est un coworking au sens strict.

Nuage Café ce n’est donc pas vraiment un espace de coworking ?

Non, car on propose une offre ultra flexible, le forfait le plus long que tu puisses prendre théoriquement c’est la journée alors que dans les coworking c’est plutôt mensuel ou multi-mensuel avec occasionnellement des places nomades. Ici c’est totalement l’inverse. Donc tous les matins on repart à 0 au niveau du taux de fréquentation. Au niveau des services et des tarifs cela est radicalement différent, c’était trop compliqué de faire les 2.

Il y a beaucoup plus d’aléas avec notre formule, mais cela nous convient très bien. D’autant plus que l’on a beaucoup de demandes de privatisation par de nombreux partenaires pro à qui l’espace plaît énormément. Ce n’est pas un business à forte marge mais c’est le côté « aventure humaine » qui nous motive.

Grande salle de travail

Tu l’imagines comment du coup le futur du coworking ?

Financièrement, pour moi, c’est un modèle qui ne peut fonctionner que sur de très grandes échelles comme WeWork, avec une unité centrale qui intervient en cas de problème etc. Les marges sont si faibles que pour survivre il faut adopter la logique d’une économie d’échelle.

Après les free-lance, la prochaine cible de clients ce sont les cadres, l’idée c’est qu’il quittent la Défense et travaillent de façon plus flexible. Et en plus leurs moyens sont plus importants.

entrée double hauteur avec voûtes colorées

Des acteurs énormes comme WeWork représentent-ils une menace pour des lieux comme le vôtre ?

D’abord, je pense que cette mode du coworking va un peu passer. Les « gros » vont rester, notamment grâce à leur budget com’ quasi illimité ainsi que les indépendants avec un profil atypique, qui font tourner la machine eux-même et qui vont devenir un jour des lieux mythiques comme le Café de Flore. Pour nous, c’est encore différent, car nous ne sommes plus sur la même offre.

poste de travail individuel

Quels sont les prochains projets et challenges de Nuage ?

On est engagés dans le nouveau bâtiment de Kengo Kuma à côté de la Station F. Mais pour l’instant c’est lointain. On a déjà fait une grosse partie du boulot avec Colin et Anaïs (Cardinale&Rogeon architectes), nos archi et on est en train de finaliser les aspects administratifs et techniques avec le bailleur. Parallèlement, on regarde aussi d’autres espaces car ce projet là sera prêt, aux dernières nouvelles, pour les JO.

On est patients, notre objectif ce n’est pas de gérer un réseau de franchises. Notre modèle économique se cherche encore. Notre prochain projet aura sûrement un autre nom, avec une offre différente.

Un des prochains enjeux c’est la privatisation de notre espace. On fait en sorte d’attirer de grosses structures, ce qui est très rentable. Aujourd’hui on pourrait faire le deuil de notre activité de « café coworking » et ne faire que ça, parce que le lieu est canon et qu’il plait beaucoup aux boites.

Mais proposer une offre uniquement « Team Building« , intellectuellement cela ne nous convient pas. On n’aurait pas l’impression d’avoir créer grand chose à la fin de la journée. Sur ce programme, il y a du travail. Par exemple, avec le co-meeting, dans un lieu qui propose différentes zones de travail et qui serait investi par des entreprises. Il y a une vraie demande.

Enfin, sur l’aspect écolo on est mauvais et on voudrait changer ça. Mais il faudrait vraiment augmenter les prix.

Nuage Café & Coworking
14 rue des Carmes 75005
nuagecafe.fr

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