Chaque trimestre BAM met à l’honneur les architectes inscrits sur la plateforme dans la revue architectures CREE. Tout naturellement, le projet visible dans le numéro 387 ce mois-ci est l’hôtel de Fatosme et Lefevre Architectes, fraîchement inauguré :

Il y a quelques jours le dernier de la chaîne NH Hôtels ouvrait à Marseille ses 150 chambres, toutes avec une vue sur la mer et décorées par les architectes d’un des deux seuls hôtels 5 étoiles de la ville, le C2, et leur équipe de créateurs ! Une rénovation aussi réussie qu’audacieuse.

L’hôtel fait l’objet d’une recherche scénographique en mettant en scène plusieurs pièces de mobilier iconiques. Découvrez les en détails dans notre article dédié : « Les pièces de mobilier iconiques du tout nouveau Palm Beach-NH Hôtel ».

Portraits : Claire Fatosme & Christian Lefevre architectes

Claire Fatosme et Christian Lefevre partagent une vision commune de l’Architecture depuis le début de leur pratique dans les années 80. Leur rigueur s’organise autour de trois dimensions : une architecture contextuelle respectueuse des sites et des usages, une architecture de concepts uniques pour chaque projet et une architecture sensible attentive à la qualité des espaces et de la lumière

Installés à Marseille, ils affectionnent particulièrement la ville qui évolue rapidement, ses habitants, son rivage et sa lumière. L’intérêt qu’ils ont porté aux différentes phases de rénovation du Palm Beach sur la Corniche est donc tout aussi naturel que sincère.

Parallèlement à l’exercice de l’architecture ils gèrent également la société SOPROGIM à qui le groupe NH a confié la maîtrise d’ouvrage déléguée de la rénovation de l’adresse marseillaise. Grâce à cette double activité, ils ont réalisé le rêve de bien des architectes : créer, aménager, gérer un hôtel 5 étoiles de 20 chambres, le C2, situé à Marseille, devenu depuis, un des hôtels de référence de la ville.

Je suis architecte et je souhaite aussi être publié !

Le Palm Beach à Marseille, un hôtel historique

De tout temps, les documents historiques mentionnent l’existence de la source du Roucas Blanc à l’endroit du projet et dès les années 1870 les premières digues et aménagements sont construits et attirent les touristes tandis que la piscine construite dans les années 1970 est très prisée des marseillais. L’hôtel sera ensuite restauré entièrement à deux reprises par Claire Fatosme et Christian Lefèvre : en 2000 puis en 2017 par le nouvel exploitant le groupe NH avec son concept décalé, qui correspond très bien à l’impétueuse Marseille.

vue depuis le littoral sur l'hôtel en bord de mersuite NH avec intervention artistiqueLe concept de la chaîne hôtelière Nhow

« Marseille est une ville populaire, authentique et contrastée… Notre projet s’appuie sur sa dualité.»

En collaboration avec l’enseigne NHOW, les architectes ont établi le concept de la rénovation complète qui résulte de la confrontation de 2 univers antagonistes : les vacances, la nature, le soleil et la plage évoqués par la Provence et le désordre et la désobéissance qui caractérisent Marseille. Claire et Christian ont fait le choix d’alterner ces ambiances en séquences contrastées, à la recherche de sensations fortes, entre ombre et lumière.
Le hall, le bar, le restaurant, les grands salon et les chambres sont donc baignés de lumière, profitant d’une large  vue sur le littoral. Les couloirs, l’auditorium, les sanitaires, les ascenseurs sont traités de façon plus complexes avec un mélange de matières et de formes, dans une atmosphère plus sombre. La vue sur la mer, les îles et les calanques est un véritable protagoniste dans le parcours au sein du bâtiment se dévoilant ponctuellement pour mieux l’apprécier.
Le spa assure une transition entre ombre de la ville et lumière de la nature avec une piscine moitié blanche sous un miroir reflétant la mer, avec une vue sur le Roucas Blanc et une moitié noire sous un volume vertical.

L’intervention des artistes Tristan Bonnemain, Adrien et Guy Bargin dans l’hôtel

L’ensemble du mobilier a été conçu par des designers de renom tandis que plusieurs artistes sont intervenus dans l’hôtel : Tristan Bonnemain a créé une fresque mettant en scène des personnages Marseillais, réels, historiques ou imaginaires, ainsi que des films d’animation ludiques projetés sur des murs de l’hôtel, Frances Bromley fait plonger 4000 sardines d’acier dans le sky-bar tandis que Adrien et Guy Bargin se sont inspirés du street art marseillais.

Guy Bargin a conçu des motifs à base de tags, photographiés dans les rues de Marseille, et que l’on retrouve dans les couloirs et les chambres. Adrien Bargin a conçu la signalétique lumineuse et l’identité graphique en s’inspirant du geste des graffeurs.

fresque de guy bargin

Moi aussi je veux de l'architecture de qualité !

Interview de Claire Fatosme et Christian Lefevre, architectes

Quelles relations le bâtiment entretient avec le site, dans cette situation extraordinaire les pieds dans l’eau ?
Le projet s’inscrit dans un cadre bâti existant dont le volume extérieur ne peut être modifié : désormais, le règlement du Plan Local d’Urbanisme y interdit toute création de surface de plancher. A son ouverture en 1975, il s’appelle Palm-Beach mais ni les palmiers ni le luxe de la Floride n’y sont présents. Il est à l’image du Marseille de cette époque : Rêve, modeste, de côte d’azur..
Et pourtant, il s’inscrit dans un site magnifique, sur une étroite bande de terre, adossée à la « Corniche », face à la mer avec une vue à 180° sur la baie de Marseille, ses îles et la ligne de crête du massif des calanques. Il est bas, tout en longueur. Sa volumétrie est à la mode de l’époque, toute en angles à 45°. Sa structure en béton répétitive, définissant des trames étroites, limite la taille des espaces intérieurs.

Comment s’approprie-t-on le cahier des charges d’un grand groupe comme NH et comment décririez-vous votre collaboration ?

Sofitel, marque gestionnaire lors de la première rénovation, a refusé nos idées de bar sur le toit et de décloisonnement des espaces intérieurs, notamment pour les chambres.
Aujourd’hui, c’est la marque Nhow, de NH Hoteles, qui prend la gestion de l’hôtel. Leur vision de l’hôtellerie est plus décalée, plus libre. Pas de cahier des charges mais un concept directement lié à la ville hôte. Facile pour Marseille ! Cette ville, fière, est une pile électrique, tirant son énergie de sa dualité :

  • Simplicité de la vie dans une nature présente, forte et belle.
  • Dureté de la vie dans une ville dont la prospérité perdue a tardé à revenir.

Comment définissez-vous votre parti-pris architectural ?

Notre première intervention sur l’hôtel date de 2002. Lors de cette rénovation, nous avons inversé le fonctionnement de l’hôtel en créant un lobby sur le toit avec accès direct depuis la Corniche et une vue splendide sur la baie. A l’origine, aucune partie commune ne bénéficiait d’une telle vue, réservée à une quinzaine de chambres. Les toitures terrasses ont été végétalisées, les espaces extérieurs du rez-de-chaussée également. Les éléments de béton des façades masquant la vue depuis les espaces intérieurs ont été enlevés, les projetant ainsi vers la mer.

Notre projet s’appuie sur les contrastes de la ville. Les espaces donnant sur la mer sont traités avec une recherche de clarté, de simplicité, de joie, en blanc et jaune. Les espaces intérieurs sans vue sont traités de façon plus complexe, dans une atmosphère sombre, dans les teintes de noir, gris et jaune.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées et comment les avez-vous résolues ?

La première difficulté a été de convaincre NH que Marseille ne pouvait être assimilée à la Côte d’Azur. Il s’agissait d’un contresens géographique, historique et sociologique. Marseille est une ville populaire, authentique et contrastée. C’était essentiel pour la définition du concept. Nous avons beaucoup bataillé à ce sujet et nous le faisons encore un peu aujourd’hui ! La deuxième difficulté a été technique, liée à la gestion difficile d’un temps de conception et de réalisation très court : il s’est passé à peine 10 mois entre le choix de la marque Nhow comme gestionnaire et le début des travaux qui ont duré 8 mois.

Vous aviez déjà travaillé sur ce projet, quel regard lui portez-vous 16 ans plus tard ? Comment parvenez-vous à prendre encore du recul sur la manière d’aborder cette rénovation ?

En 2002, nous n’avions pas été au bout de certaines de nos idées, refusées par Sofitel. Cette nouvelle rénovation a été l’occasion de réaliser certains de nos vieux phantasmes. Et puis en 16 ans, on évolue, les techniques aussi. On pose forcément un regard critique sur son travail antérieur. Les usages quotidiens se chargent également naturellement de modifier certaines de vos installations pour les rendre plus simples et évidentes. Cette sanction là est la plus lisible des critiques.

Les aménagements intérieurs des hôtels obéissent généralement à une mode. Avez-vous souhaité vous y contraindre ? Comment envisagez-vous son évolution ?

L’important est de concevoir ce qui va et doit durer de façon honnête et sincère : la proportion et la volumétrie des espaces, la lumière naturelle, le cadrage des vues, les fonctionnalités de base. Le bien-être des usagers ne se démode guère.

En revanche, dans un hôtel, le « décor » a une durée de vie limitée de fait, par l’usure due à l’usage intensif – 15 ans maximum. On peut se permettre de jouer avec des matériaux, des motifs et des couleurs « à la mode ». Nhow le souhaitait et a d’ailleurs confié la conception de la décoration d’une partie des espaces du rez-de-chaussée à Teresa Sapey, Architecte Italo-Espagnole (bars rez-de-chaussée, restaurant, espaces congrès).

effets lumineux lobby palm beach

 

En ce qui concerne les espaces que nous avons traités, nous avons développé le concept de « la dualité Marseillaise » en faisant travailler 3 graphistes Marseillais sur l’idée du graff et du tag. Le travail de ces 3 graphistes et le nôtre est actuel certes ; est-il « à la mode » ? Nous ne nous sommes jamais posé la question.

Alors, partant pour un projet épaulé par un architecte ?

 

Maître d’ouvrage : SHPB – Société Hôtelière du Palm Beach

Architectes : Claire Fatosme et Christian Lefevre + Teresa Sapey I Paysagistes : Reliefs Paysagistes

Bureau d’étude structure : Langlois Etude Ingénierie I Bureau d’études fluides : CTBI

Surface : 12 752 m² I Lieu : Marseille

Photographes : David Giancatarina et Véronique Paul pour la photo extérieure

Moi aussi je veux de l'architecture de qualité !

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