Chaque trimestre BAM met à l’honneur dans la revue architectures CREE les architectes inscrits sur la plateforme. Le projet visible dans le numéro 386 ce mois-ci est La Kitma House par Camilo Rebelo et Suzana Martins.

« Il fallait être là, observer, arpenter… »

La Kitma House par l’architecte Camilo Rebelo et Suzana Martins dans architectures CREE

Architectes : Camilo Rebelo + Suzana Martins

Architecte local : Dionysis Zacharias Architects

Architectes paysagistes : Doxiadis + Aggeliki Mathioudaki, Thomas Doxiadis

Bureau d’étude structure : Christos Kaklamanis

Bureau d’études électricité et mécanique : George Cavoulacos

Surface créée : 950 m²

Lieu : Antiparos, Grèce

Photographe : Claudio Reis

Je suis architecte et je souhaite aussi être publié !

Camilo Rebelo, Ancien collaborateur d’Eduardo Souto Moura et de Herzog & de Meuron, Camilo Rebelo, 46 ans, est une valeur sûre de l’école portugaise. Professeur à Porto, il a également enseigné en Suisse, en Espagne ou en Italie. Son agence de Porto, Camilo Rebelo Arquiteto, a notamment été remarquée pour la réalisation du Musée d’art et d’archéologie du Côa, au Portugal et, déjà pour son inscription dans le territoire de la vallée de cet affluent du Douro.

Avec Susana Martins, Camilo Rebelo a réalisé Kitma House sur l’île grecque d’Antiparos dans les Cyclades. Dissimulée dans la pente d’une parcelle très escarpée, cette villa entre ciel et mer est un modèle d’intégration dans le site. Malgré sa grande surface habitable, elle se fond dans le paysage et s’adapte tout autant au climat grâce à un jeu sur les espaces ouverts qui fait souffler un rafraichissant courant d’air naturel.

façade blanche maison ile grecque

La Kitma House s’ancre dans la topographie de l’île et devait répondre à la réglementation locale qui interdit aux façades continues de dépasser dix mètres de long. Pour construire les 950 m2 habitables demandés par le programme, Camilo Rebelo a donc dessiné une ligne brisée dont la volumétrie prolonge les murs de soutènement existants.

Les surfaces habitables se déploient sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée, sont installés la maison principale, une vaste terrasse très minérale et un bassin à débordement d’une sobriété extrême qui regardent la mer. A l’étage inférieur, la maison d’hôtes, le service et le personnel.

maison blanche grecque insérée dans topographie

Les toits-terrasses, végétalisés, semblent colonisés par la nature environnante. Depuis le point haut, la déclivité du terrain dissimule complètement les espaces bâtis à l’exception de la grande ligne blanche que dessine l’acrotère. Depuis la mer, la longue façade blanche très rythmée et les terrasses composent une composition figurative, continue mais apparemment fragmentée, qui évoque le profil d’une ancienne citadelle.

Dans cette île où la chaleur peut être extrême, Kitma House fait la part belle au développement durable. Sa conception permet d’éviter des systèmes de refroidissement puissants, grâce en particulier aux toits végétalisés et aux patios installés à l’arrière de la maison qui assurent une ventilation très efficace  des deux niveaux.

 

maison blanche sur ile grecque

Comment avez-vous géré les contraintes naturelles du site, topographie, exposition au vent et fortes chaleurs ?

L’intégration au paysage n’est possible qu’en expérimentant en profondeur le site et la vie locale. Nous avons donc séjourné plusieurs fois à Antiparos et nous avons passé beaucoup de temps sur le site, à gravir cette pente, à regarder de part et d’autre, afin de trouver la meilleure altimétrie pour installer la terrasse principal et les pièces de vie. Nous avons assisté au coucher et au lever du soleil sur place, afin d’observer les changements de lumière, de vent. La seule façon de vraiment anticiper les problématiques du projet c’était d’être là, de s’asseoir, d’observer, d’arpenter le site.

La maison adopte toutes les caractéristiques de l’habitat local : couleur blanche, respect de la nature, volumes francs et découpés. Qu’est-ce qui rend Kitma House si particulière ?

Je crois que qu’elle est en effet particulière grâce à son intégration. Il s’agit d’une très grosse structure qui pourrait apparaître très massive. Si l’on ne perçoit pas cet aspect imposant, c’est parce que 90% de la maison est sous le sol. L’intégration se fait dans le respect total de la topographie, de cette pente escarpée. Nous avons voulu la penser comme un amphithéâtre grec, avec de grandes marches qui descendent vers la mer. Ce qui la rend spéciale, c’est sa capacité à générer un dialogue avec la vallée.

 

maison grecque fondue dans le paysage

Que sont et d’où proviennent les matériaux et revêtements utilisés ?

Nous nous sommes dit très tôt que cette maison serait issue de différentes cultures : grecque et portugaise. Nous avons compris que nous devrions utiliser des matériaux et des détails locaux pour que le projet soit intégré au mieux et pour réussir une construction de qualité. Sur ces îles, les maisons sont en pierre ou couvertes de plâtre blanc. Tous nos choix ont été effectués à la suite de la visite de maisons environnantes caractérisées par l’application du ciment blanc et de peinture blanche sur les sols. Nos choix ont été guidés par la logique locale et notre souhait a été de respecter un savoir-faire local. Par exemple, les murs sont constitués de trois rangs de pierres et créent une bonne inertie. Le marbre des terrasses est un marbre de la région. Nous avons profité d’un savoir-faire local au service du projet et nous avons procédé à une relecture de ce savoir-faire.

En plan masse, la géométrie du bâtiment semble complexe, composée de nombreux angles rentrants alors que l’intérieur propose des espaces généreux, simples et une circulation fluide. Est-ce un hommage à Alvaro Siza ?

Il est certain qu’Alvaro Siza est important pour Susana et pour moi. Il est notre maître à penser. Il est très présent partout, dans tous nos bâtiments, toutes nos maisons. Mais, dans ce cas précis, Kitma est plutôt un hommage à la Grèce et à l’amphithéâtre grec, contemplant l’horizon, s’ouvrant sur l’horizon.

Les ruptures dans la façade de la maison et les espaces anguleux qui la composent sont le résultat de nombreux exemples d’architecture vernaculaire grecque qui nous ont interpelés. Aussi bien à Athènes que sur plusieurs îles, nous avons trouvé des formes très particulières et récurrentes en termes de volumes et d’interaction de ces volumes. Les escaliers qui permettent d’accéder d’une terrasse à l’autre, créent également des mouvements verticaux et des angles surprenants mais respectent une continuité entre les différents éléments architectoniques. L’architecture que nous avons cherché à produire s’inspire des lignes brisées, complexes et abstraites présentes dans le travail de l’artiste espagnol contemporain Pablo Palazuelo.

A quelle étape du projet commencez-vous à concevoir ces détails et à les intégrer au projet ?

Habituellement, nous commençons à dessiner les détails en même temps que le projet. La première conséquence est que l’ensemble des décisions sont prises simultanément, suivant le même principe : Lorsque vous avez l’idée d’un escalier, vous devez vous demandez immédiatement comment il sera construit pour pouvoir les dessiner. La qualité des espaces et de l’architecture provient de cette capacité et de cette manière de concevoir le projet. Depuis le début, nous avons souhaité n’utiliser que des détails locaux en les revisitant. Nous ne les avons pas copiés mais étudiés puis nous avons apporté quelque chose de nouveau à chacun d’eux. Le questionnement qu’ils soulèvent habite tout le projet, de l’esquisse aux finitions. Tous les détails ont été conçus à partir de mise en œuvre locale.

Moi aussi je veux de l'architecture de qualité !