Samedi 26 mai 2018, une des plus prestigieuses manifestations artistiques internationales ouvrait au public : La biennale d’Architecture de Venise, elle le restera jusqu’au 25 novembre 2018.

Existant depuis 1980, on lui reproche souvent un certain « entre-soi », une biennale par les architectes pour les architectes. Mais cette année la thématique  Freespace choisie par les commissaires se veut rassemblante et grand public c’est donc l’occasion d’organiser une visite.

Qu’est-ce-que la biennale d’Architecture de Venise ?

Cette grande exposition a lieu tous les 2 ans, en alternance avec la biennale d’Art Contemporain, sur 2 sites de la ville de Venise : l’ancien chantier naval appelé Arsenale et le grand parc ombragé abritant un pavillon par nation appelé Giardini. Elle s’étend sur 3500 m2.

des mains géantes qui attrapent un bâtiment de venise pour l'engouffrer sous les eaux
Photo : Lorenzo Quinn

La biennale dure 6 mois, rassemble 65 nations participantes et 260 000 visiteurs dont près de la moitié ont moins de 30 ans.

L’ouverture au public succède celle à la presse et aux professionnels, au cours de laquelle on décerne des prix aux architectes ayant conçus les différentes expositions, les fameux « Lion d’or », d’argent et autres mentions. La biennale sera rythmée par des conférences, des interventions et des visites guidées.

arsenale de venise
Photo : Arsenale de Venise

La biennale est avant tout un espace d’innovation, de liberté de création et d’expression pour les architectes du monde entier. Elle crée une émulation optimiste dans un contexte où l’Architecture est de plus en plus normée, où l’expérimentation n’est pas encouragée et où les architectes ont du mal à penser « hors du cadre », avec une responsabilité pesante.

pavillon des pays nordiques giardini
Photo : Pavillon des Pays Nordiques

jardins de la biennale de venise
Photo : Giardini

La biennale d’Architecture 2018 : Freespace

La thématique choisie cette année par Shelley McNamara et Yvonne Farrell fondatrices de l’agence irlandaise Grafton Architects se veut accessible à tous afin de renouer le dialogue avec une discipline jugée élitiste alors qu’elle nous concerne tous.

Freespace revendique un espace démocratique, libre d’utilisation, des lieux d’opportunités, des bâtiments créant des nouveaux moyens de partage et d’usage qui vont au-delà de la conception de l’architecte, au fil du temps.

Les architectes qui dirigent l’exposition souhaite nous encourager à revoir nos modes de pensées et de pratique de l’espace sur une planète en péril.

Le pavillon Français de la biennale par Encore Heureux

L’exposition proposée par le pavillon français et réalisée par la jeune agence française Encore Heureux en association avec le collectif Etc est une sélection de « 10 lieux infinis » qui correspondent à des bâtiments désaffectés, dans des quartiers périphériques négligés, qui abritent aujourd’hui des artistes, des lieux publics, des cafés et restaurants alternatifs, participatifs, et donc de l’espoir !

Des lieux condamnés puis réinventés comme :

  • Le 104 à Paris, une plate-forme artistique collaborative avec boutiques et incubateur qui a pris place des pompes funèbres
  • La ferme du Bonheur en zone franche sur le flanc de l’université de Nanterre expérimente des pratiques alternatives de culture artistique, gastronomique, scientifique et agricole
  • Le Tri postal à Avignon abritant une cité associative idéale mêlant un restaurant solidaire, des ateliers et de l’hébergement dans une friche ferroviaire
  • La Friche La Belle de Mai à Marseille, mitoyenne des rails de TGV, ancienne manufacture de tabac réhabilitée en toit panoramique public, restaurant, salle de spectacles, skatepark…

ancienne manufacture de tabac a marseille
Photo : Ancienne manufacture de la Friche La Belle de Mai

jardin de la friche à marseille
Photo : Jardins participatifs de la Friche La Belle de Mai

Repères à bobos, ces lieux sont tout de même de véritables miracles, car souvent enclavés. Ils témoignent d’un respect du patrimoine, de l’environnement, d’un engagement, et d’une « générosité d’esprit, d’un sens de l’humanité », d’une production urbaine non conventionnelle.

Ces lieux accueillent l’imprévu en offrant des zones de gratuité et en intégrant des usages non programmés, initialement. L’action citoyenne et l’énergie collective naissent de ces différentes initiatives qui se multiplient désormais à travers l’occupation temporaire de site en mutation, l’agriculture urbaine ou encore l’habitat participatif.

Le pavillon Suisse récompensé du Lion d’Or

Dans un tout autre registre, le pavillon suisse bouscule les codes du cadre et des systématismes qui caractérisent la production de logements actuelle. Les commissaires de « Svizzera 240 – House Tour » dénonce la standardisation des logements aux (non) qualités spatiales identiques partout : 2m40 de hauteur sous-plafond et murs blancs.

Le visiteur pénètre dans des logements impersonnels, vides, blancs, formatés par les normes. Pour favoriser la prise de conscience, ébranler nos repères et questionner l’espace habité sous une nouvelle perspective, les appartements sont déformés par de grandes variations d’échelle, on saute pour réussir à atteindre un plan de travail, on se baisse pour passer une porte.

Une critique pertinente.

appartement suisse biennale de venise

Organiser son séjour à la biennale d’Architecture

  • Quand ? Du 26 mai au 25 novembre 2018. Les 11, 18 et 25 Juin des visites guidées gratuites de l’Arsenale sont proposées. On note également différentes rencontres à propos du pavillon Suisse le 18 septembre.
  • Comment ? Les 2 sites sont accessibles en 15-20 min à pied depuis la piazza San Marco par une agréable balade le long du grand canal.
  • Où manger ? Après des journées de visites éreintantes, à la Cantina Do Spade à côté du pont du Rialto.
  • Que faire d’autre ? Visiter l’île-cimetière San Michele agrandie par David Chipperfield. On y accède par vaporetto, on aperçoit depuis la mer, au loin, un grand mur de briques qui encercle l’île, et uniquement des arbres qui dépassent. Les défunts vénitiens et l’architecture exemplaire de David Chipperfield sont les seuls occupants de l’île.

restaurant venitien

extension cimetière de venise par chipperfieldPhoto : David Chipperfield

Photo de couv : Encore Heureux


Moi aussi je veux de l'architecture de qualité !